Travail

“Le travail éloigne de nous trois grands maux, l’ennui, le vice et le besoin” Voltaire

“Les prolétaires n’ont que leur force de travail à vendre” Karl Marx

“Le domaine de la liberté commence là où s’arrête le travail déterminé par la nécessité” Karl Marx

“La valeur-travail : la valeur d’un objet dépend de la quantité de travail nécessaire à sa production” Karl Marx

“L’émancipation des travailleurs doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes” Karl Marx

“Incapable de changer de braquet pour répondre à une crise totale, la classe politique ne veut pas admettre que la crise de l’emploi ne fait que débuter.” Bernard Stiegler

“L’avenir est au travail, et il faut faire de la mort de l’emploi une bonne nouvelle.” Bernard Stiegler

“Aujourd’hui, l’emploi ne produit que standardisation, répétition machinale et stupide, démotivation, et ne se fait désirer que sous la menace permanente d’un chômage toujours plus brutal et angoissant.” Bernard Stiegler


Le travail peut se définir comme une activité humaine impliquant un effort mental ou physique pour atteindre un objectif ou un résultat. En économie, le travail est un facteur essentiel dans le processus de production.

Le mot latin Tripalium qui désigne un instrument de torture est souvent présenté comme étant l’origine étymologique de travail. Cette hypothèse permet à certains d’affirmer que le travail est pénible voire souffrance. Une approche plus scientifique montre que le verbe travailler a une base lexicale exprimant un mouvement qui rencontre une résistance.

Le travail n’est pas contrainte pure ni liberté pure, il prépare une libération car il doit permettre d’abandonner la lutte pour la survie au profit de la vie : l’activité travail crée des biens et services et permet aussi un accomplissement. C’est cette perspective qui a été à l’origine du développement des métiers agricoles, artisanaux puis des premières activités industrielles.

Mais parce que les responsables économiques et politiques ont occulté le fait que l’économie doit étudier les rapports humains nés de l’aménagement de ressources rares, ils ont transformé le travail en marchandise échangée sur un marché de l’emploi. Dans la société industrielle, le savoir, élément constitutif du travail, est progressivement transféré vers la machine puis l’automate. Le travail a ainsi été désincarné, le travailleur a été dépossédé de son savoir, le fruit de son travail lui échappe pour devenir objet spéculatif livré au marketing. Le travail n’est plus que l’objet d’un échange marchand, le travail est privé de sens de même que le produit issu du travail. Le risque d’aliénation est alors double : aliénation par le travail et aliénation par le fruit du travail. 

C’est en revenant à l’origine du travail, qu’on peut imaginer conjurer ces perversions. La justification originel du travail est la survie, c’est-à-dire une couverture des besoins vitaux de l’humain ; par la suite l’aspiration à l’épanouissement du corps et de l’esprit ont aussi justifier le travail, encore faut-il que les produits et services issus du travail n’aliènent pas l’humain. La contrepartie de la couverture des besoins humains est défini en économie comme les coûts humains du travail, ceux-ci concernent les biens et services permettant à l’humain de travailler (alimentation, habillement, formation, santé, retraite …) mais aussi l’altération de la vie du travailleur (temps accaparé, détérioration de la santé physique et mentale, aliénation du travailleur, raccourcissement de l’espérance de vie …). Il est alors évident que :

  • l’emploi n’est pas une fin en soi, c’est la couverture des besoins humains qui est la finalité du travail,
  • pour un niveau donné de couverture des besoins humains il convient de répartir équitablement les coûts humains du travail, dont le temps de travail,
  • la diminution de l’emploi n’est pas un indicateur de régression économique. C’est une balance globale entre la couverture des besoins humains et les coûts humains du travail qui doit déterminer les choix économiques et politiques, 
  • les outils techniques de production, matériels et immatériels, ne sont que du travail cristallisé destinés à améliorer la productivité du travail ; une structure coopérative permet de créer cet investissement collectif et d’en demeurer propriétaire,
  • l’unité de compte qui permet de faire des arbitrages ne peut être la seule monnaie, une comptabilité globale en heures de travail, éventuellement pondérées par un coefficient de pénibilité, serait un projet bien plus pertinent.   

C’est en revenant à l’origine de l’activité-travail que l’on peut combattre la perte de sens du travail et ses effets négatifs tant pour le travailleur que pour l’efficience même de l’activité. Dans l’agriculture, l’artisanat et les premiers métiers industriels, le savoir était une composante primordiale du travail ; la conception, l’exécution et le contrôle des tâches étaient dévolues au même acteur. La réinscription du savoir, irréductible au calcul, dans le travail permettra de confier à un même acteur ou cellule d’acteurs, la conception, l’exécution et le contrôle. Ainsi enrichi, le travail peut à nouveau trouver du sens et permettre l’épanouissement de chacun.