Révolte

“Qu’est ce qu’un homme révolté ? Un homme qui dit non. Mais s’il refuse, il ne renonce pas : c’est aussi un homme qui dit oui dès son premier mouvement.” 

[La révolte] “est un lieu commun qui fonde sur tous les hommes la première valeur. Je me révolte, donc nous sommes.”

“Au lieu de dire que tout est nécessaire, la révolte répète seulement que tout est possible et, qu’à une certaine frontière, le possible aussi mérite le sacrifice.“

“Tout révolté, par le seul mouvement qui le dresse face à l’oppresseur, plaide donc pour la vie.”

“Le révolté veut qu’il soit reconnu que la liberté a ses limites partout où se trouve un être humain, la limite étant précisément le pouvoir de révolte de cet être.” 

“Il ne peut y avoir pour un esprit humain que deux univers possibles, celui du sacré et celui de la révolte.”

“Faut-il donc renoncer à toute révolte, soit que l’on accepte, avec ses injustices, une société qui se survit, soit que l’on décide, cyniquement, de servir contre l’homme la marche forcenée de l’histoire ?”

“Le monde où je vis me répugne, mais je me sens solidaire des hommes qui y souffrent.” 

“La révolte butte inlassablement contre le mal à partir duquel il ne lui reste plus qu’à prendre un nouvel élan.”

“La révolte prouve […] qu’elle est le mouvement même de la vie et qu’on ne peut la nier sans renoncer à vivre.”

“L’art et la révolte ne mourront qu’avec le dernier homme.”

Toutes ces citations sont tirées de l’œuvre d’Albert Camus “L’homme révolté”

“Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne? Ohé, partisans, ouvriers et paysans, c’est l’alarme.” Joseph Kessel et Maurice Druon dans le Chant des partisans 


La révolte a toujours été, et est encore l’alternative à la soumission. Devant la religion de la consommation et du bien-être matériel, devant l’ultra-prédation, il faut ou se soumettre, c’est-à-dire “servir contre l’homme la marche forcenée de l’histoire”, ou se révolter et dire “non”.

La révolte est le choix d’un humain libre au nom d’une valeur supérieure commune qu’il entend défendre. Aujourd’hui, ce n’est plus seulement une valeur supérieure qui relève de la seule humanité qui est à défendre, le bien commun qui est menacé est tout simplement, la vie sous toutes ses formes.

La révolte au nom de la vie doit dès lors embrasser l’idéal proposé par Albert Schweitzer, c’est le respect de la vie. Après avoir dit non, le révolté “dit oui dès son premier mouvement”. Quel peut être ce mouvement de révolte ?  Il doit se référer aux caractéristiques primaires de la vie voici quelques pistes :

  • A titre individuel, le révolté doit circonscrire l’ultra-prédation de la vie prescrite par notre civilisation. Globalement, il faut consommer moins mais mieux, ceci signifie aussi produire moins et donc travailler moins ; la science économique doit retrouver sa place dans les sciences humaines et étudier le rapport de l’humain à sa fonction de production-consommation, plutôt que de chercher comment maximiser des grandeurs monétaires. En plus de préciser un minimum nécessaire à chacun il serait possible de définir un maximum suffisant pour chacun qui pourrait prendre la forme d’un crédit-carbone autorisé à chaque individu. Un retour à l’élémentaire s’impose alors.
  • Dans la société, la révolte doit se faire au nom de la solidarité de facto avec tout l’univers du vivant et la nécessaire autonomie de chacun. Le révolté doit redécouvrir et promouvoir l’aptitude à dépendre l’un de l’autre et l’opposer à l’individualisme mortifère. Il faut notamment renoncer à déléguer l’interdépendance primitive à des institutions qui participent au processus de marchandisation, ceci est le cas dans le domaine de la santé, de l’enseignement, de la démocratie et même de la protection de la nature … Ces institutions nous échappent, elles s’auto-finalisent et trahissent le sens profond de l’interdépendance des formes de vie. 
  • La pensée du révolté doit être autonome, c’est-à-dire refuser l’aliénation et accepter la complexité pour ne pas être manipulée par des idées simplificatrices. Pour cela le révolté doit refuser que le dogme du déterminisme soit appliquer à l’univers du vivant, sa pensée doit s’ouvrir à l’aventure, aux incertitudes et aux antagonismes propres à la vie, sa pensée doit privilégier les liens et rechercher plus particulièrement les oppositions et les contraires. Cette pensée permettra alors d’ouvrir de nouvelles perspectives en rupture avec le système qui menace la valeur supérieure défendue par le révolté, le respect de la vie.

Avec l’avènement du fait culturel, l’humain est devenu un être socialisé. La révolte, décision individuelle, est à distinguer de la révolution qui propose de remplacer le présent par un monde meilleur. En cela, la révolution épouse la vision d’un monde fini orienté vers une destinée, elle exige du révolté une nouvelle servitude qu’elle annonce provisoire, elle ordonne des dogmes et ignore la limite que se fixe le révolté : le pouvoir de révolte d’autres humains.

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