Frontière

“Comment mettre de l’ordre dans le chaos ? En traçant une ligne. En séparant un dedans d’un dehors. L’autorisé de l’interdit. La sorcellerie de la frontière est sans âge parce qu’il n’y a pas trente-six façons de transmuer un tas en tout.” Régis Debray 

C’est en se dotant d’une couche isolante, dont le rôle n’est pas d’interdire, mais de réguler l’échange entre un dedans et un dehors, qu’un être vivant peut se former et croître.” Régis Debray

“La frontière a mauvaise presse : elle défend les contre-pouvoirs.” Régis Debray

“La peau est aussi loin du rideau étanche qu’une frontière digne de ce nom l’est d’un mur. Le mur interdit le passage ; la frontière le régule” Régis Debray 

“Le prédateur déteste le rempart ; la proie aime bien.” Régis Debray

“La laïcité est une exigence. De quoi ? De frontières. Une frontière n’est pas un mur. C’est un seuil. Pour distinguer un dedans d’un dehors.” Régis Debray

“Ce qu’il y a de plus profond chez l’homme, c’est sa peau” Paul Valéry


Sans la séparation de l’intérieur avec l’extérieur, sans la membrane de la cellule, il n’y aurait pas eu l’aventure de la vie. 

C’est en se dotant d’une couche séparatrice, dont le rôle n’est pas d’interdire, mais de réguler l’échange entre un dedans et un dehors, que la cellule est devenue la brique élémentaire de la vie. 

Une frontière digne de ce nom n’interdit pas le passage, ce sont les murs qui sont censés remplir cette fonction. La frontière est semblable à une couche, système qui a pour objectif  :

  • de donner du sens, l’objet créé par la frontière est soit auto-finalisé, c’est le cas des objets dits naturels, soit finalisé par son environnement notamment humain, 
  • de favoriser la réalisation de l’objectif en régulant les échanges de matières, d’énergie, d’informations. 

Le concept de frontière s’applique à la matière, aux êtres vivants, aux idées ; il permet de définir des classes d’objets et les relations entre elles. Il est indispensable au progrès de la pensée. 

Pour l’humain, la frontière est l’exigence du respect de l’individu unique. Cette frontière est la condition à son autonomie et au développement de sa conscience d’être. Il est souhaitable d’établir une frontière entre l’État et les Églises, entre le public et le privé, le citoyen et l’individu, le bureau de vote et le café du village, la salle de classe et la cour de récréation, entre la loi et les mœurs. 

Dans la société, la frontière permet aux groupes créés d’avoir des valeurs communes, des racines qui évitent de tomber dans le néant ouvrant alors la voie au communautarisme.

Aujourd’hui deux idéologies proposent des conceptions radicalement opposées quant à l’intérêt des frontières nationales. La complexité est toujours présente et interdit les idées simplificatrices. La frontière est à la fois remède et poison.

La première prônée par le libéralisme veut nier les frontières ; les marchandises et les hommes devraient pouvoir s’en affranchir. Elle s’habille parfois d’un humanisme généreux, mais à qui profite cette liberté ? Force est de constater que les riches vont là où ils veulent, à tire-d’aile ; les pauvres vont là où ils peuvent, en ramant. Les matières premières sont exploitées par ceux qui possèdent la technologie de transformation au détriment des régions qui ont les matières premières. Les produits fabriqués circulent plus facilement au grand profit des plus riches. 

La deuxième veut “plus de frontières” jusqu’à interdire tout échange. Cette conception d’un mur étanche nie les fonctions originelles de la frontière. Mais surtout oublie que l’existence d’une enveloppe a une contrepartie, la mort, lorsque cesse les échanges avec l’extérieur. C’est le propre de la vie, des êtres vivants et des sociétés, ceci est un principe universel vérifié historiquement notamment pour les sociétés qui se sont fermés.