2. Vivre entouré de vie

Focus
L’interaction qui caractérise l’origine de la vie est une propriété particulièrement féconde, son corollaire est l’interdépendance de toutes les formes de vie. Dans ton existence, tu seras donc, que tu le veuilles ou non, solidaire de tous les Humains mais aussi de tout le monde du vivant. L’affirmation du respect de la vie prend alors tout son sens “Tu es vie qui veut vivre, entouré de vie qui veut vivre”. 
La solidarité, au sein du monde du vivant dans sa totalité, conditionne l’équilibre et l’existence même, de nos sociétés, de l’humanité et plus largement de la Vie. L’interdépendance exige l’autonomie de chacun, dans le cas contraire il y aura une simple dépendance de l’un par rapport à l’autre.
Être conscient de cette solidarité et vouloir être autonome te serviront de guides pour ta pensée et tes actions. Il te faut fuir les appels à déléguer les processus constitutifs de ta vie, prends-les en charge et reste maître de la direction que tu veux leur donner, cultive ton autonomie et fuis l’hétéronomie.
La complexité est le fruit de l’interaction généralisée, de l’ouverture et du mouvement qui ont été à l’origine de la vie et de son évolution continue. Souviens-toi que c’est par la complexification de son cerveau que l’humain a acquis la capacité de penser, puis de penser de manière réflexive et qu’il a eu conscience d’être parmi d’autres consciences d’être et que s’est ainsi créé le fait sociétal. Nier la complexité c’est tourner le dos à la vie et c’est abandonner l’évolution de la société aux seuls instincts d’individus et d’institutions niant la vie. Il faut accepter la complexité afin que la vie reste une aventure loin des certitudes simplificatrices. 

a) L’interaction induit la solidarité et l’autonomie

L’interaction est omniprésente dans toute forme de vie : celle des molécules dans la cellule, celle des cellules dans une structure multicellulaire, celle des organes chez un être vivant, celle des individus dans une société … Elle conduit à une interdépendance de fait entre tous ces éléments en interaction, ils sont tous dépendants réciproquement les uns des autres. 

La solidarité de facto

Cette interdépendance généralisée implique que toutes les formes de vie sont solidaires les unes des autres, il ne s’agit pas d’une solidarité choisie mais d’une solidarité de facto. Aucune forme de vie ne peut échapper à cette solidarité de fait, toute vie est liée aux autres formes de vie. Les effets de la non prise en compte de cette solidarité sont aujourd’hui désastreux. 

Après avoir cru et rêvé, pouvoir façonner le monde à leur guise, les humains prennent-ils peu à peu conscience de l’interdépendance et de la solidarité de fait avec la totalité du monde vivant ? Au sein de l’espèce qui descend d’Homo Sapiens, l’interdépendance aussi est ignorée. Après le pillage des richesses de la planète, nos sociétés se ferment par peur que la solidarité de facto ne les rattrape.  

Comment expliquer que cette solidarité de facto soit si peu prise en compte ? Les raisons en sont multiples. Notre culture, même scientifique, a longtemps privilégié la simple dépendance d’un élément par rapport à l’autre et ainsi ignoré l’interdépendance. Par ailleurs, l’idée même de solidarité gêne l’avidité sanctifiée par la culture matérialiste dominante, l’individualisme prôné par celle-ci ne lui semble pas compatible avec la solidarité.

L’acceptation de cette culture prête à être consommée conduit à ignorer ce que la vie élémentaire nous apprend. 

L’indispensable autonomie

A l’origine, la vie est apparue sans qu’aucune loi extérieure n’en ait fixé les règles, par la suite le développement de la vie se fera sans qu’aucune force extérieure n’en programme le parcours. Si toutes les formes de vie ont pu évoluer en interaction avec leur environnement, c’est parce qu’elles avaient une propriété fondamentale : l’autonomie. Celle-ci consiste à se déterminer par soi-même selon ses propres règles dans le cadre des contraintes du milieu. L’interaction (c’est-à-dire une action) n’est possible que s’il y a autonomie des éléments qui interagissent. 

Dans le cas contraire, l’un des éléments est appelé à devenir un parasite, il va abîmer la vie, voire la détruire. Cette perte d’autonomie dans l’interdépendance induit une dépendance de l’un par rapport à l’autre, celui qui est dépendant n’existe plus en tant que vie. Chez l’humain ce phénomène altère l’une de ces caractéristiques constitutives qui lui a permis de se distinguer dans le règne animal : la conscience d’être.

Dans le monde d’aujourd’hui, en particulier, ton autonomie sera malmenée et menacée. De nombreuses pratiques sociétales, de nombreuses institutions te proposent de prendre en charge tel ou tel aspect de ta vie : le coach veut te faire réussir, le marketing te suggère tes besoins, le business veut résoudre tes préoccupations, l’école veut tout t’apprendre, la médecine veut te soigner, des idéologues veulent te faire penser … L’aliénation te guette, l’autonomie est sournoisement menacée par notre culture, mais aussi par la perte de sens largement induite par une consommation effrénée de produits répondant à des besoins artificiels.

Une dernière réflexion sur le sujet de la solidarité et de l’autonomie concerne la générosité. Ce proverbe résume cet indispensable lien entre ces deux concepts : “Donne un poisson à quelqu’un qui a faim, il mangera un jour. Apprends-lui à pêcher, il mangera tous les jours”. Afin que la générosité soit un enrichissement réciproque, il faut qu’elle respecte et développe l’autonomie des deux acteurs.

b) La complexité conduit au doute et à la révolte

Sans complexité, il n’y aurait pas de vie : le processus qui a fait émerger la première cellule et ceux qui ont abouti au monde du vivant actuel ont été et restent complexes. La complexification se poursuit : l’univers physique est en expansion, les sciences et les technologies mettent à mal le savoir passé mais aussi nos croyances, la gouvernance de nos sociétés se transforme en “usine à gaz”, les discours et les théories s’entrechoquent. La complexité est née avec la vie, elle fait partie de la vie, la nier serait un mensonge et une impasse dans l’itinéraire de ta vie, il te faut l’accepter.

Doute et humilité

Admettre la complexité du monde et de la vie permet d’apprendre le doute, la nécessaire humilité et la curiosité, conditions sine qua non à la progression de ta pensée. Poussé(e) par ces stimuli, tu apprendras à te confronter aux réalités et à te forger les outils pour tenter d’en comprendre la complexité. 

Reconnaître la complexité de la vie et du monde permet d’affirmer que la vérité, reflet du réel, est complexe ; la vérité n’est pas à rechercher dans la simplification à outrance utilisée bien souvent pour mieux “vendre” des certitudes et faire adhérer massivement à des idéologies qui masquent la complexité de la vie. 

Vérités scientifiques

Dans le monde physique, les sciences dites “dures” proposent des vérités de plus en plus complexes qui bénéficient de démonstrations indiscutables, les profanes ne peuvent les contester, seules de nouvelles découvertes les rendront éventuellement caduques et la science aura alors progressé. La nécessaire humilité est toujours présente chez les grands scientifiques, elle les pousse à plus de curiosité et au progrès scientifique. L’humilité et le doute doivent aussi t’habiter lorsqu’il s’agit de transposer des conclusions scientifiques dans ton quotidien, la référence au respect de la vie me semble alors être un guide.

Certitude ou pensée vraie

Dans le monde de la pensée et des sciences humaines, la recherche d’une vérité est intimement liée à la vie, à sa complexité, à sa dimension imprévisible, à l’impossibilité de la démonstration par expérimentation. Existe-t-il alors une vérité, une “pensée vraie” vivante, loin des certitudes simplificatrices ? 

La complexité du monde et de la vie implique que cette vérité ne peut être unique. Parce qu’il peut y avoir autant de “pensées vraies” que de vies, la vérité est nécessairement dans l’union de vérités séparées. La conscience que ton point de vue est étroitement lié à ta vie, au moment présent, à ton vécu, te conduira à faire preuve de beaucoup d’humilité dans l’énoncé de ta vérité et d’ouverture vers d’autres “pensées vraies”.

Révolte

La complexité du monde et de la vie, c’est l’horrible et la splendeur, le non-sens et la plénitude du sens, la douleur et la joie …

Mais l’ultra-complexité menace aujourd’hui la Vie. Alors que la prédation a toujours été une réalité anthropologique, nos modes de vies, notre consommation effrénée et notre volonté de domination de l’univers ont conduit à une ultra-prédation : la Vie est prédatrice de la Vie.

Pour ne pas être complice de cette absurde ultra-complexité, pour ne pas se plier à la marche forcenée de l’Histoire, l’Humain a le choix entre se soumettre ou se révolter et dire “non”.

Dans le passé, les révoltes ont été régicides, déicides, après le siècle des Lumières elles épousent la perspective d’un progrès continu aboutissant à une société meilleure, voire idéale. Mais ni la mort des rois, ni celle des dieux, ni le progrès immanent n’ont tenu leurs promesses ; pire, de nouvelles servitudes nous ont fait perdre le sens de la vie.

Faut-il te résigner ? La révolte peut-elle trouver un sens au-delà des régicides, des déicides et de la promesse du progrès permanent ? Souviens-toi qu’il n’existe pas de théorie, de philosophie ou de croyance construite par le cerveau humain qui puisse donner du sens à la vie : le sens de la vie est dans la vie, dans notre volonté de vivre entouré de vies qui veulent vivre.

La valeur supérieure qui aujourd’hui est bafouée et qui doit être le moteur de ta révolte est le respect de la vie. Ainsi, après avoir dit “non”, l’Humain révolté doit dire “oui” au respect de la Vie. Parce que toute vie veut vivre, la révolte au nom de la vie devrait faire émerger une conscience d’être collective, elle transformerait alors le “je pense donc je suis” de Descartes en “je me révolte donc nous sommes” de Camus.

Éveiller ta curiosité
Les généticiens ont découvert que l’interaction se traduit souvent par une  collaboration entre les cellules. Plus globalement la collaboration est omniprésente dans le monde du vivant : les organismes du corps humain collaborent pour un équilibre global appelé  ‘santé’, les insectes collaborent avec les fleurs …
La collaboration entre la nature et les humains fait l’objet d’une attention particulière. Les neurosciences avec l’appui des outils comme l’IRM ont récemment prouvé que l’immersion dans la nature favorise la production de neurones, la lutte contre la dégradation des facultés neuronales, l’amélioration des facultés de concentration, l’apprentissage des rythmes et du temps long, la diminution du stress …
S’il est prouvé que la Vie collabore avec la Vie, aujourd’hui le risque est grand que la Vie soit aussi prédatrice de la Vie. Pour contrer cette ultra-complexité, il est impératif de dire “non” à l’esclavage sournois qui guette notre monde quand il oublie les valeurs fondatrices de la vie.